Naufrage français : Que du bonheur !
Publié : 07 oct. 2026
Nous avons le privilège d’assister en direct au grand effondrement d’un pays qui a éclairé l’Europe, le monde, pendant des siècles.
J’appartiens à une génération «gâtée pourrie», comme on disait dans mon jeune âge.
J’ai connu la France des 30 Glorieuses, la France des 30 foireuses (ou calamiteuses) et cette «Nouvelle France créolisée» porteuse de toutes nos espérances. Elle ne nous décevra pas !
Aucune génération n’a vécu un tel bouleversement : Assister «en direct live» à l’effondrement civilisationnel de notre beau pays.
D’autres empires, d’autres royaumes, d’autres régimes, auront mis plus de temps à péricliter. On pense évidemment aux grandes civilisations antiques, égyptienne, grecque, romaine… dont l’agonie s'éternisa parfois des siècles, entre leur apogée et le parachèvement de leur déliquescence. La France, elle, puissance civilisatrice de premier plan par sa seule langue que tout Occidental érudit se devait de maîtriser, n’aura mis qu’une soixantaine d’années à toucher le fond après avoir tutoyé les étoiles.
Nous pouvons sans conteste fixer l’entame de l’effondrement en mai 1968, date hautement symbolique qui amorce la fin des «Trente Glorieuses», période de prospérité exceptionnelle après les ravages de la Seconde Guerre mondiale.
Je suis né à une époque où la nation France rayonnait dans multitude de domaines industriels et technologiques, et rivalisait, voire supplantait, ces concurrentes américaine, japonaise, allemande, britannique, et dans une moindre mesure soviétique. L'Inde, la Chine, la Corée… étaient alors encore des pays sous-développés.
Nous excellions en tous domaines : Nucléaire (centrales électriques, enrichissement d’uranium, production d’armes atomiques), aérospatiale (CNES, Ariane Espace), ferroviaire (TGV, Alstom), aéronautique civile et militaire (Concorde, Airbus, Dassault), informatique (Bull), télématique (Minitel)… La France caracolait en tête dans des technologies promises à un avenir radieux. Ses multinationales jouaient un rôle majeur dans quantité de secteurs stratégiques : Automobile (Michelin, Renault, Peugeot, Citroën, Simca, Saviem), extraction et raffinage de pétrole (Elf, Total), métallurgie (Usinor, Sacilor, Pechiney), chimie (Rhône-Poulenc, Kuhlmann, Saint-Gobain), production et distribution d’énergies (EDF, Gaz de France), BTP et construction (Richier, Poclain, Bouygues), grande distribution, un secteur que la France a contribué à «inventer» (Prisunic, Mammouth, Leclerc), vente par correspondance (La Redoute, Les 3 Suisses, Damart).
Dans les années 60, la France comptait parmi les 4 puissances qui manufacturaient sur son territoire tous les produits de consommation courante. Des voitures, des deux-roues motorisés, des téléviseurs, tout l’électroménager, mais aussi figurez-vous, des appareils photo, des enceintes acoustiques, même des ordinateurs… Le «Fabriqué en France» (aujourd’hui «Made In France») était apposé partout. La part de l’industrie dans le PIB était alors de 30% (contre un peu plus de 10% en 2026). Il me paraît pertinent de préciser que, peu avant l’indépendance de l’Algérie en 1962, notre pays était sur la voie de l’autosuffisance énergétique par la découverte et l’exploitation des gisements pétrolifères du Sahara et gaziers à Lacq dans les Pyrénées Atlantiques.
La France exportait ses savoirs-faire et faisait preuve d’une ingéniosité reconnue et largement copiée par la suite. Dans le domaine touristique par exemple, notre pays innova avec la création du Club Med en 1950, et la mise en valeur de stations de ski de haute montagne (Chamonix, Val d’Isère, les Arcs, Alpe d’Huez, La Plagne) et de stations balnéaires édifiées dans des zones marécageuses (La Grande Motte, Port Grimaud, les Marines de Cogolin).
Inutile d’insister. Tout le monde a compris que «c’était beaucoup BEAUCOUP mieux avant !». Nous performions dans toutes les activités industrielles, la recherche scientifique, les dépôts de brevets, l’ingéniosité et l’inventivité… Ça ne se discute pas !
La désindustrialisation massive et rapide de la France est d’autant plus inconcevable que, depuis les années 70, la fièvre consumériste s’est emparée de la planète. L’Hexagone n’y a pas échappé. Nous consommons beaucoup plus qu’il y a 50 ou 60 ans. L’industrie française flamboyante et inventive des années 60 aurait du en tirer de colossaux profits. Il n’en a rien été. Au contraire, la France ne produit plus ce qu’elle consomme. Depuis 30 ans, elle importe tout ou quasiment.
J’ai pu apprécier à sa juste valeur le naufrage de l’industrie française. Mes origines familiales m’ont placé aux avant-postes. Mes ancêtres furent de brillants industriels. Ils firent fortune au XIXe siècle en Lorraine, une région qui vit ses fleurons de la métallurgie, de la chimie, du textile, fermer les uns après les autres ou passer dans les mains de conglomérats étrangers. On évoquera notamment l’absorption du géant français de l’acier Usinor-Sacilor par la multinationale indienne Mittal. Un temps, le groupe Arcelor (né de la fusion de trois sidérurgistes européens, dont le français Usinor) était le leader mondial de l’acier avant d’être racheté par son challenger indien Mittal Steel Company. Tout un symbole !
Notre naufrage civilisationnel est perceptible en tout. Nous observons une régression rapide, irréversible, qui se traduit par l’effondrement des niveaux d’apprentissages scolaires et universitaires des générations «montantes». Nos jeunes ne peuvent plus rivaliser avec leurs «concurrents étrangers», asiatiques (chinois, indiens, coréens, japonais, vietnamiens, indonésiens…), et face aux puissances qui s’en sortent mieux que nous (USA, Russie…). Pendant les Trente Glorieuses, notre pays figurait pourtant dans le tiercé gagnant pour l'excellence de ses enseignements primaires, secondaires et supérieurs.
Il y a un secteur où la «Nouvelle France» paraît plus performante que l’ancienne : le sport de haut niveau. Le grand remplacement des autochtones par des descendants d’Africains a incontestablement dopé nos résultats dans la plupart des disciplines sportives. C’est indiscutable. «Ce que nous avons perdu en aptitudes cognitives, inventives et créatives, nous l’avons gagné en aptitudes physiques», argueront les optimistes. Comme si une régression intellectuelle pouvait être compensée par des prouesses athlétiques. Si un Prix Nobel ou un neurochirurgien réputé est rarement un bon footballeur (configuration néanmoins envisageable), un footballeur ou un basketteur professionnel ne fera jamais un scientifique de premier plan.
Les performances sportives de la France sont inversement proportionnelles à ses performances économiques et financières. En d’autres termes, on constate que plus notre pays se distingue dans les compétitions internationales de football par exemple, moins il s’impose sur le champ de l’innovation scientifique et industrielle, de la croissance et de la profitabilité. C’est ce à quoi nous assistons en direct, année après année, semaine après semaine, jour après jour. Ce déclin qui n’est plus à démontrer va s’accélérant.
Je constate au quotidien le déclassement, le décrochement, de notre «grand pays». Je fais partie de la dernière génération à avoir reçu un enseignement «traditionnel», à une époque où l’on savait encore lire, écrire et compter quand on sortait de l'école primaire ; en ces temps bénis où l’on n’était pas constamment sollicité par les écrans, la publicité, le consumérisme compulsif, la dictature des marques et de l’argent roi. Mais je fais aussi partie de la génération qui a «inventé» de World Wide Web (l’Internet), les premiers ordinateurs portables et leurs systèmes d’exploitation ; la génération des Bill Gates (fondateur de Microsoft), Steve Jobs (co-fondateur d’Apple), François Gernelle (concepteur français du premier micro-ordinateur, le Micral), Roland Moreno (inventeur français lui aussi de la carte à puce)… et quantité d’autres bien sûr.
Les bases de la révolution Internet aux applications infinies ont été posées dans les années 60 et 70, dans la dernière décennie des Trente Glorieuses. Tous ces inventeurs de génie ont aujourd’hui plus de 65 ou 75 ans. Contrairement aux idées reçues, les chercheurs et développeurs français ont activement participé à l’émergence de cette révolution.
Donc, non !, je ne suis pas un vieux con. Je suis de cette génération qui a connu la grande bascule de l’analogique au numérique, de la machine à écrire au premier ordinateur Apple, du disque vinyle au CD. J’ai appris à écrire en trempant ma «plume» dans un encrier. Quinze ans plus tard, je rédigeais mes travaux universitaires avec le premier «traitement de texte» disponible sur le marché. Je suis un enfant de cette révolution qui a accompagné mon parcours professionnel dans la presse, la communication, l’édition et la réalisation audiovisuelle. Autant dire que je maîtrise parfaitement le sujet et son historicité.
Mon parcours universitaire et professionnel, mes origines familiales, mes engagements militants, politiques et philosophiques, ma mobilité en France et à l’étranger (j’ai vécu en Algérie après l’indépendance de ce pays), mes nombreux voyages dans le monde (j’ai travaillé dans le tourisme pendant une quinzaine d’années) et mes périodes d’immersion prolongée (aux USA, au Canada, au Liban, en Afrique du Sud…) m’autorisent à porter un regard distancier et objectif sur le grand effondrement que j’observe. Il me suffit de me remémorer une simple anecdote pour en mesurer l'amplitude.
Il y a 40 ou 50 ans, vous rencontriez partout dans le monde, y compris dans les contrées les plus inattendues, les plus reculées, des autochtones qui parlaient notre langue magnifique, tant notre pays suscitait chez beaucoup une grande curiosité, une admiration, une appétence pour le génie français dans toutes ses expressions (historique, scientifique, architecturale, littéraire, picturale, musicale…). Dans mes pérégrinations au fin fond de la forêt amazonienne du Pérou, j’ai rencontré un Indien Quechua qui parlait fort bien le français qu’il avait appris en écoutant les chansons de Joe Dassin dont il était un fan absolu. Un de mes plus savoureux souvenirs de voyage restera la remontée en pirogue d’un bras de l’Amazone infesté de piranhas, en compagnie de cet homme charmant qui chantait «Aux Champs Élysées», en s’accompagnant de sa guitare. Un moment magique !
J’ai croisé quantité d’autres locuteurs d’adoption dans des régions ou situations improbables, en Indonésie, en Turquie, en Thaïlande… Fascinés par notre pays, ces hommes de plus de 60 ans à l’époque (ils doivent en avoir autour de 80 ou 90 aujourd’hui) ont appris le français en fredonnant des chansons de Mireille Mathieu et d’Édith Piaf, en visionnant un film avec Jean-Paul Belmondo, Alain Delon ou Brigitte Bardot.
Qui sont aujourd’hui les «têtes de gondole» du rayonnement français ? David Guetta ? Philippe Katerine ?
L'aspiration à la francophonie, partagée jadis par des dizaines de millions d'individus à travers le monde, s’éteint au fil des décennies. Voilà à quel bouleversement civilisationnel nous assistons en direct : Le grand remplacement de Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Simone Signoret… par Barbara Butch (qui trônait dans la «cène» des JO 2024) ou Corinne Masiero (couverte de faux sang pendant une cérémonie des Césars).
Faut-il le déplorer ou faut-il s’en réjouir, là est la question à laquelle je vais répondre sans ambages.
J’avoue avoir beaucoup souffert du déclin de notre pays pendant des décennies. Très tôt, j’ai compris que la France s’engageait dans une voie sans issue. Ce ressenti que j’exprimais dans mon entourage amical me valut bien des inimitiés. Pour la quasi-totalité de mes copains de fac et de mes collègues de boulot, à la fin des années 70 et au début des années 80, j’incarnais le «facho de service» alors que je m’estimais au contraire très engagé à gauche, militant pour la défense des petites gens et du prolétariat. Qui se souvient que dans les années 80, le parti le plus hostile à l’immigration était le Parti Communiste ? Le 21 février 1981, Georges Marchais, alors Secrétaire général du PC, prononça ces mots lors d’un discours ovationné : «Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ! Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France, alors que notre pays compte deux millions de chômeurs !». On connait la suite. Depuis 45 ans, la France en a accueillis des millions et des millions.
Aujourd’hui, à l’âge que j’ai, je me fous royalement de l’avenir de mon pays et de son inexorable déclin. Si j’en fus longtemps affecté, je prends à présent un réel plaisir à constater que mes prédictions les plus sombres s’avèrent surpassées par la réalité. Tel le commandant du Titanic, je ne pouvais imaginer que le naufrage soit si rapide. Il l’est.
Je suis heureux d’être témoin de la consécration de mes analyses. J’en tire une vraie satisfaction et une légitime fierté. Le spectacle est jouissif. Figurez-vous que nombre de mes amis de fac, ceux-là même qui me traitaient de «facho», ont admis ces dernières années le bien-fondé de mes analyses et des craintes que j’exprimais alors. Certains m’ont présenté leurs excuses tant ils mesurent aujourd’hui la justesse des arguments que j’avançais il y a près de 50 ans. Je les ai félicités de cette salutaire «autocritique», tout en leur portant le coup de grâce : «C’est courageux de reconnaître vos erreurs les copains, mais c’est trop tard ! Nous avons heurté l’iceberg. On ne peut pas faire machine-arrière. Écoper ne sert à rien. Le bateau coule».
En effet, mes vieux amis ont de quoi se tracasser car ils ont beaucoup à perdre. Moi, moins qu’eux pour des raisons que je n’expliciterai pas ici. Ce serait trop long. Je me contenterai d’évoquer l’exemple d’un pote dont je n’avais plus de nouvelles depuis 40 ans, qui a repris contact récemment avec moi. Père de famille (et grand-père), deux de ses trois enfants se sont installés à l’étranger pour y trouver des perspectives d’avenir plus enthousiasmantes. Le premier a émigré aux USA. Le second en Thaïlande. Ces deux-là sont bac +4 et bac +5. J’ai commenté en ces termes la fuite des cerveaux et des compétences qu’illustre à merveille la situation familiale de mon pote : «La France exporte ses bac +5 et importe des bac -5. Quand on accueille le tiers-monde, on devient le tiers-monde !».
Nombreux argueront que la France accueille aussi des étrangers diplômés, des médecins par exemple. Certes, mais leur proportion est sans commune mesure avec les vagues migratoires massives de non-diplômés sur les plages d’Italie et d’Espagne.
Je ne tiens évidemment pas responsables les migrants et leurs descendants du déclassement de la France. Les principaux coupables sont les Français eux-mêmes qui ont accepté et pour certains encouragé ce raz-de-marée. La France «bourgeoise», «normie» comme on dit aujourd’hui, porte la responsabilité pleine et entière de sa capitulation, de sa défaite et, plus préoccupant encore, de son grand effacement terminal. Pourtant, elle en a été alertée dès les années 70 par un dénommé Jean-Marie Le Pen. Aujourd’hui, on constate que les analyses du «Menhir» étaient empreintes de bon sens et, finalement, d’une certaine «modération» quand on entend des personnes de nationalité française commenter les sujets qui empoisonnent l’actualité, notamment le conflit en Palestine. Si Le Pen voulait stopper les flux migratoires et débrancher «la pompe aspirante des aides sociales», d’autres parlent à présent d’éradication totale de populations indésirables, de «solution finale» (dans la Bande de Gaza par exemple). On a passé un cap dans l’ignominie.
Ces dérives me ravissent. Quantité «d’intellectuels», de militants associatifs et d’hommes politiques de Gauche, ont encouragé pendant des décennies les flux migratoires de populations musulmanes vers l’Europe. Les mêmes craignent aujourd’hui que ces musulmans importés par millions ne mettent en danger la communauté juive. On pense notamment à Monsieur Julien Dray, co-fondateur de SOS-Racisme, qui s'opposa ardemment à Jean-Marie Le Pen dans la rue, sur les plateaux télé et devant les tribunaux, qui reprend aujourd’hui à son compte, sans vergogne, les analyses du tribun de la Trinité-sur-Mer (port breton dont été originaire Le Pen). Les exemples de cet acabit sont légion !
Chaque jour, je me délecte de ses retournements de veste de gens qui se sont trompés sur toute la ligne pendant des décennies et qui découvrent sur le tard qu’ils ont œuvré à leur propre élimination. J’ai compris il y a longtemps que mon monde, celui que j’affectionnais, était en phase terminale. Je n’ai jamais cru aux promesses de «la France multi-culturelle et multi-raciale» que nous vantait Jack Lang du temps de sa splendeur au ministère de la Culture, sous François Mitterrand. Tout ce qui arrive est conforme aux funestes perpectives que m’inspiraient dès le début des années 70 les orientations prises. Ce n’est pas une surprise. C’est une confirmation.
Vous l’aurez compris, je savoure le couronnement quotidien de mes intuitions et analyses. Tout se passe comme prévu. J’ai l’immodestie d’affirmer ici que je me suis trompé sur rien d’essentiel. Mes projections, que d’aucuns jugeaient exagérément anxiogènes et pessimistes, se révèlent en deçà de la réalité. Elles sont parfaitement conformes aux grandes orientations contemporaines : Le bateau France prend l’eau de toutes parts. J’assiste avec délectation à son naufrage.
Je souhaite néanmoins bien du courage aux générations à venir. Démerdez-vous avec le paquet de merdes que vos parents et grands-parents laissent derrière eux.
Des millions de braves Français sont morts et ont souffert pendant des siècles pour bâtir ce pays de cocagne qu’on appelait France. Ils ont fait la révolution, résisté aux invasions étrangères, ils sont tombés comme des mouches dans les tranchées de Verdun et de la Somme, ont résisté autant que possible à l’occupation allemande, ont collaboré aussi parce qu’ils y étaient contraints (perdre une guerre n’est pas sans conséquences), puis ils ont relevé le pays, en ont fait une grande puissance industrielle, pour mieux le saborder et n’en laisser qu’un radeau qui ne vous sauvera pas.
J’assiste à votre noyade individuelle et collective l’esprit apaisé, n’ayant plus grand-chose à perdre à l’âge qui est le mien. J’ai bien profité de cette France magnifique que j’ai aimée profondément. Merci aux Anciens !
Je vous confie cette «Nouvelle France» qui n’est pas la mienne. Votre avenir s’annonce nettement moins enthousiasmant que le mien.
Bon courage à Toutes et Tous !
Yves BARRAUD
D’où parles-tu ?
Mes origines et mon parcours m’attribuent, me semble-t-il, une certaine légitimité analytique (lire l’article ci-dessus). Je tiens aussi à ajouter que je suis un neveu de Marcel Boiteux, un des pères, si ce n’est «LE PÈRE» du programme électronucléaire français.
Ce grand commis de l’État, normalien et Agrégé de mathématiques, a dirigé EDF pendant 20 ans (de 1967 à 1987), en qualité de Directeur général et de Président Directeur général.
Dès mon plus jeune âge, j’ai compris que quelques visionnaires pouvaient sublimer l’avenir d’un pays. Marcel Boiteux y contribua. À ma connaissance, cet homme n’a pas amassé de fortune considérable malgré sa position de patron de la plus grande entreprise française, premier producteur mondial d’électricité (à l’époque).
Son train de vie était très raisonnable au regard des millions qu’amassent quantité de margoulins en brassant du vent ou en tapant dans un ballon.
La France ne peut se relever qu’à la condition que de nouveaux «Marcel Boiteux» reprennent le flambeau. Nous ne marchons assurément pas dans cette direction. Bien au contraire. Cette absence de relève conforte, si nécessaire, mes positions très tranchées sur le déclin irréversible de notre pays.
Accédez à la biographie de Marcel Boiteux sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Boiteux
Marcel Boiteux est décédé en 2023, à l’âge de 101 ans. Paix à son âme avec tout le respect et l’admiration que je lui dois. Il avait épousé ma tante Juliette Barraud, décédée centenaire elle aussi.
Je ne résiste pas à lister toutes les fonctions qu’il occupa et toutes les distinctions dont on le gratifia. Je n’invente rien !
DÉCORATIONS
• Grand-croix de la Légion d'honneur, 13 juillet 2014
• Grand-croix de l'ordre national du Mérite
• Croix de guerre 1939-1945
• Commandeur de l'ordre des Palmes académiques
• Médaille des évadés
• Croix de commandeur de l'ordre du Mérite (Allemagne de l’Ouest - RFA)
RECHERCHE ET ENSEIGNEMENT
• Assistant de Maurice Allais à l'École nationale supérieure des mines de Paris (1946-1949)
• Assistant à l'ENSAE (1946-1949)
• Professeur au Collège des sciences économiques et sociales (1949-1967)
• Professeur au Centre d'études de programmes économiques (1955-1967) dépendant de la Caisse des Dépôts et Consignations
• Professeur à l'École Nationale d'Administration (1962-1967)
• Professeur d’Économie à l'École supérieure d'électricité (1957-1962), puis à l'École nationale des ponts et chaussées (1963-1967)
• Président de la Econometric Society (1959)
• Président de la Société française de recherche opérationnelle (1960-1964)
• Président de l'Association française d'informatique et de recherche opérationnelle (1965)
• Président de la Fédération internationale des sociétés de recherche opérationnelle (IFORS - 1965-1966)
CONSEILS, COMITÉS ET INSTITUTS
• Membre ou président de commission au Commissariat général du Plan
• Membre du Conseil économique et social • Membre (1965-1968) et Président (1966-1967) du Comité consultatif de la recherche scientifique et technique
• Membre du Comité de l'énergie atomique (1967-1987)
• Vice-président de l'Union internationale des producteurs et distributeurs d'énergie électrique (UNIPEDE - 1967-1987)
• Membre des Conseils d'Administration du Centre national d’études spatiales (1967-1972), de l'École normale supérieure (1972-1991), de l'Institut Pasteur (1973-1985), de l'École nationale d'administration (1980-1983)
• Président de l'association Le Siècle (1972-1974)
• Vice-président de l'Association des cadres dirigeants de l'industrie (ACADI - 1979)
• Membre du Conseil consultatif de la Banque de France (1980-1987), puis Membre honoraire
• Membre de la Commission trilatérale (1980-1996)
• Président du Centre Européen de l'Entreprise Publique (1982-1985), puis président d'honneur
• Vice-président du Comité national de l'organisation française (CNOF - 1983-1986)
• Président de l'Institut des hautes études scientifiques (IHES - 1985-1994)
• Président de l'Institut d'expertise et de prospective de l'École normale supérieure (IEPENS - 1985-2000)
• Président du Conseil mondial de l'énergie (1986-1989), puis président d'honneur
• Président de la Commission de réflexion économique pour la préparation de l'échéance 1992 (1987-1990)
• Président de la Fondation Électricité de France (1987-2001)
• Président de l'Institut Pasteur (1988-1994), puis président d'honneur
• Président de l’Instance d'évaluation de la politique des transports de la région parisienne (1995-1999)
• Membre d'honneur du conseil d'administration de l'Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais en physique et économie
• Président du groupe «Transports : choix des investissements et coût des nuisances», au Commissariat général du Plan (2000-2001)
• Élu à l'Académie des sciences morales et politiques le 14 décembre 1992 au fauteuil de Emile James. Il préside l'Académie en 2002
• Membre émérite de l’Académie des sciences commerciales
• Président, vice-président ou administrateur de divers organismes (Biosphère, Fondation Hôpitaux de Paris, Fondation du patrimoine…)
DISTINCTIONS ET PRIX
• Docteur honoris causa de l'Université Yale (1982)
• Prix Axel Axelson Johnson de l'Académie royale des sciences de Suède (1982)
• Prix Zerilli-Marimo de l'Académie des sciences morales et politiques (1991)
J’appartiens à une génération «gâtée pourrie», comme on disait dans mon jeune âge.
J’ai connu la France des 30 Glorieuses, la France des 30 foireuses (ou calamiteuses) et cette «Nouvelle France créolisée» porteuse de toutes nos espérances. Elle ne nous décevra pas !
Aucune génération n’a vécu un tel bouleversement : Assister «en direct live» à l’effondrement civilisationnel de notre beau pays.
D’autres empires, d’autres royaumes, d’autres régimes, auront mis plus de temps à péricliter. On pense évidemment aux grandes civilisations antiques, égyptienne, grecque, romaine… dont l’agonie s'éternisa parfois des siècles, entre leur apogée et le parachèvement de leur déliquescence. La France, elle, puissance civilisatrice de premier plan par sa seule langue que tout Occidental érudit se devait de maîtriser, n’aura mis qu’une soixantaine d’années à toucher le fond après avoir tutoyé les étoiles.
Nous pouvons sans conteste fixer l’entame de l’effondrement en mai 1968, date hautement symbolique qui amorce la fin des «Trente Glorieuses», période de prospérité exceptionnelle après les ravages de la Seconde Guerre mondiale.
Je suis né à une époque où la nation France rayonnait dans multitude de domaines industriels et technologiques, et rivalisait, voire supplantait, ces concurrentes américaine, japonaise, allemande, britannique, et dans une moindre mesure soviétique. L'Inde, la Chine, la Corée… étaient alors encore des pays sous-développés.
Nous excellions en tous domaines : Nucléaire (centrales électriques, enrichissement d’uranium, production d’armes atomiques), aérospatiale (CNES, Ariane Espace), ferroviaire (TGV, Alstom), aéronautique civile et militaire (Concorde, Airbus, Dassault), informatique (Bull), télématique (Minitel)… La France caracolait en tête dans des technologies promises à un avenir radieux. Ses multinationales jouaient un rôle majeur dans quantité de secteurs stratégiques : Automobile (Michelin, Renault, Peugeot, Citroën, Simca, Saviem), extraction et raffinage de pétrole (Elf, Total), métallurgie (Usinor, Sacilor, Pechiney), chimie (Rhône-Poulenc, Kuhlmann, Saint-Gobain), production et distribution d’énergies (EDF, Gaz de France), BTP et construction (Richier, Poclain, Bouygues), grande distribution, un secteur que la France a contribué à «inventer» (Prisunic, Mammouth, Leclerc), vente par correspondance (La Redoute, Les 3 Suisses, Damart).
Dans les années 60, la France comptait parmi les 4 puissances qui manufacturaient sur son territoire tous les produits de consommation courante. Des voitures, des deux-roues motorisés, des téléviseurs, tout l’électroménager, mais aussi figurez-vous, des appareils photo, des enceintes acoustiques, même des ordinateurs… Le «Fabriqué en France» (aujourd’hui «Made In France») était apposé partout. La part de l’industrie dans le PIB était alors de 30% (contre un peu plus de 10% en 2026). Il me paraît pertinent de préciser que, peu avant l’indépendance de l’Algérie en 1962, notre pays était sur la voie de l’autosuffisance énergétique par la découverte et l’exploitation des gisements pétrolifères du Sahara et gaziers à Lacq dans les Pyrénées Atlantiques.
La France exportait ses savoirs-faire et faisait preuve d’une ingéniosité reconnue et largement copiée par la suite. Dans le domaine touristique par exemple, notre pays innova avec la création du Club Med en 1950, et la mise en valeur de stations de ski de haute montagne (Chamonix, Val d’Isère, les Arcs, Alpe d’Huez, La Plagne) et de stations balnéaires édifiées dans des zones marécageuses (La Grande Motte, Port Grimaud, les Marines de Cogolin).
Inutile d’insister. Tout le monde a compris que «c’était beaucoup BEAUCOUP mieux avant !». Nous performions dans toutes les activités industrielles, la recherche scientifique, les dépôts de brevets, l’ingéniosité et l’inventivité… Ça ne se discute pas !
La désindustrialisation massive et rapide de la France est d’autant plus inconcevable que, depuis les années 70, la fièvre consumériste s’est emparée de la planète. L’Hexagone n’y a pas échappé. Nous consommons beaucoup plus qu’il y a 50 ou 60 ans. L’industrie française flamboyante et inventive des années 60 aurait du en tirer de colossaux profits. Il n’en a rien été. Au contraire, la France ne produit plus ce qu’elle consomme. Depuis 30 ans, elle importe tout ou quasiment.
J’ai pu apprécier à sa juste valeur le naufrage de l’industrie française. Mes origines familiales m’ont placé aux avant-postes. Mes ancêtres furent de brillants industriels. Ils firent fortune au XIXe siècle en Lorraine, une région qui vit ses fleurons de la métallurgie, de la chimie, du textile, fermer les uns après les autres ou passer dans les mains de conglomérats étrangers. On évoquera notamment l’absorption du géant français de l’acier Usinor-Sacilor par la multinationale indienne Mittal. Un temps, le groupe Arcelor (né de la fusion de trois sidérurgistes européens, dont le français Usinor) était le leader mondial de l’acier avant d’être racheté par son challenger indien Mittal Steel Company. Tout un symbole !
Notre naufrage civilisationnel est perceptible en tout. Nous observons une régression rapide, irréversible, qui se traduit par l’effondrement des niveaux d’apprentissages scolaires et universitaires des générations «montantes». Nos jeunes ne peuvent plus rivaliser avec leurs «concurrents étrangers», asiatiques (chinois, indiens, coréens, japonais, vietnamiens, indonésiens…), et face aux puissances qui s’en sortent mieux que nous (USA, Russie…). Pendant les Trente Glorieuses, notre pays figurait pourtant dans le tiercé gagnant pour l'excellence de ses enseignements primaires, secondaires et supérieurs.
Il y a un secteur où la «Nouvelle France» paraît plus performante que l’ancienne : le sport de haut niveau. Le grand remplacement des autochtones par des descendants d’Africains a incontestablement dopé nos résultats dans la plupart des disciplines sportives. C’est indiscutable. «Ce que nous avons perdu en aptitudes cognitives, inventives et créatives, nous l’avons gagné en aptitudes physiques», argueront les optimistes. Comme si une régression intellectuelle pouvait être compensée par des prouesses athlétiques. Si un Prix Nobel ou un neurochirurgien réputé est rarement un bon footballeur (configuration néanmoins envisageable), un footballeur ou un basketteur professionnel ne fera jamais un scientifique de premier plan.
Les performances sportives de la France sont inversement proportionnelles à ses performances économiques et financières. En d’autres termes, on constate que plus notre pays se distingue dans les compétitions internationales de football par exemple, moins il s’impose sur le champ de l’innovation scientifique et industrielle, de la croissance et de la profitabilité. C’est ce à quoi nous assistons en direct, année après année, semaine après semaine, jour après jour. Ce déclin qui n’est plus à démontrer va s’accélérant.
Je constate au quotidien le déclassement, le décrochement, de notre «grand pays». Je fais partie de la dernière génération à avoir reçu un enseignement «traditionnel», à une époque où l’on savait encore lire, écrire et compter quand on sortait de l'école primaire ; en ces temps bénis où l’on n’était pas constamment sollicité par les écrans, la publicité, le consumérisme compulsif, la dictature des marques et de l’argent roi. Mais je fais aussi partie de la génération qui a «inventé» de World Wide Web (l’Internet), les premiers ordinateurs portables et leurs systèmes d’exploitation ; la génération des Bill Gates (fondateur de Microsoft), Steve Jobs (co-fondateur d’Apple), François Gernelle (concepteur français du premier micro-ordinateur, le Micral), Roland Moreno (inventeur français lui aussi de la carte à puce)… et quantité d’autres bien sûr.
Les bases de la révolution Internet aux applications infinies ont été posées dans les années 60 et 70, dans la dernière décennie des Trente Glorieuses. Tous ces inventeurs de génie ont aujourd’hui plus de 65 ou 75 ans. Contrairement aux idées reçues, les chercheurs et développeurs français ont activement participé à l’émergence de cette révolution.
Donc, non !, je ne suis pas un vieux con. Je suis de cette génération qui a connu la grande bascule de l’analogique au numérique, de la machine à écrire au premier ordinateur Apple, du disque vinyle au CD. J’ai appris à écrire en trempant ma «plume» dans un encrier. Quinze ans plus tard, je rédigeais mes travaux universitaires avec le premier «traitement de texte» disponible sur le marché. Je suis un enfant de cette révolution qui a accompagné mon parcours professionnel dans la presse, la communication, l’édition et la réalisation audiovisuelle. Autant dire que je maîtrise parfaitement le sujet et son historicité.
Mon parcours universitaire et professionnel, mes origines familiales, mes engagements militants, politiques et philosophiques, ma mobilité en France et à l’étranger (j’ai vécu en Algérie après l’indépendance de ce pays), mes nombreux voyages dans le monde (j’ai travaillé dans le tourisme pendant une quinzaine d’années) et mes périodes d’immersion prolongée (aux USA, au Canada, au Liban, en Afrique du Sud…) m’autorisent à porter un regard distancier et objectif sur le grand effondrement que j’observe. Il me suffit de me remémorer une simple anecdote pour en mesurer l'amplitude.
Il y a 40 ou 50 ans, vous rencontriez partout dans le monde, y compris dans les contrées les plus inattendues, les plus reculées, des autochtones qui parlaient notre langue magnifique, tant notre pays suscitait chez beaucoup une grande curiosité, une admiration, une appétence pour le génie français dans toutes ses expressions (historique, scientifique, architecturale, littéraire, picturale, musicale…). Dans mes pérégrinations au fin fond de la forêt amazonienne du Pérou, j’ai rencontré un Indien Quechua qui parlait fort bien le français qu’il avait appris en écoutant les chansons de Joe Dassin dont il était un fan absolu. Un de mes plus savoureux souvenirs de voyage restera la remontée en pirogue d’un bras de l’Amazone infesté de piranhas, en compagnie de cet homme charmant qui chantait «Aux Champs Élysées», en s’accompagnant de sa guitare. Un moment magique !
J’ai croisé quantité d’autres locuteurs d’adoption dans des régions ou situations improbables, en Indonésie, en Turquie, en Thaïlande… Fascinés par notre pays, ces hommes de plus de 60 ans à l’époque (ils doivent en avoir autour de 80 ou 90 aujourd’hui) ont appris le français en fredonnant des chansons de Mireille Mathieu et d’Édith Piaf, en visionnant un film avec Jean-Paul Belmondo, Alain Delon ou Brigitte Bardot.
Qui sont aujourd’hui les «têtes de gondole» du rayonnement français ? David Guetta ? Philippe Katerine ?
L'aspiration à la francophonie, partagée jadis par des dizaines de millions d'individus à travers le monde, s’éteint au fil des décennies. Voilà à quel bouleversement civilisationnel nous assistons en direct : Le grand remplacement de Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Simone Signoret… par Barbara Butch (qui trônait dans la «cène» des JO 2024) ou Corinne Masiero (couverte de faux sang pendant une cérémonie des Césars).
Faut-il le déplorer ou faut-il s’en réjouir, là est la question à laquelle je vais répondre sans ambages.
J’avoue avoir beaucoup souffert du déclin de notre pays pendant des décennies. Très tôt, j’ai compris que la France s’engageait dans une voie sans issue. Ce ressenti que j’exprimais dans mon entourage amical me valut bien des inimitiés. Pour la quasi-totalité de mes copains de fac et de mes collègues de boulot, à la fin des années 70 et au début des années 80, j’incarnais le «facho de service» alors que je m’estimais au contraire très engagé à gauche, militant pour la défense des petites gens et du prolétariat. Qui se souvient que dans les années 80, le parti le plus hostile à l’immigration était le Parti Communiste ? Le 21 février 1981, Georges Marchais, alors Secrétaire général du PC, prononça ces mots lors d’un discours ovationné : «Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ! Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France, alors que notre pays compte deux millions de chômeurs !». On connait la suite. Depuis 45 ans, la France en a accueillis des millions et des millions.
Aujourd’hui, à l’âge que j’ai, je me fous royalement de l’avenir de mon pays et de son inexorable déclin. Si j’en fus longtemps affecté, je prends à présent un réel plaisir à constater que mes prédictions les plus sombres s’avèrent surpassées par la réalité. Tel le commandant du Titanic, je ne pouvais imaginer que le naufrage soit si rapide. Il l’est.
Je suis heureux d’être témoin de la consécration de mes analyses. J’en tire une vraie satisfaction et une légitime fierté. Le spectacle est jouissif. Figurez-vous que nombre de mes amis de fac, ceux-là même qui me traitaient de «facho», ont admis ces dernières années le bien-fondé de mes analyses et des craintes que j’exprimais alors. Certains m’ont présenté leurs excuses tant ils mesurent aujourd’hui la justesse des arguments que j’avançais il y a près de 50 ans. Je les ai félicités de cette salutaire «autocritique», tout en leur portant le coup de grâce : «C’est courageux de reconnaître vos erreurs les copains, mais c’est trop tard ! Nous avons heurté l’iceberg. On ne peut pas faire machine-arrière. Écoper ne sert à rien. Le bateau coule».
En effet, mes vieux amis ont de quoi se tracasser car ils ont beaucoup à perdre. Moi, moins qu’eux pour des raisons que je n’expliciterai pas ici. Ce serait trop long. Je me contenterai d’évoquer l’exemple d’un pote dont je n’avais plus de nouvelles depuis 40 ans, qui a repris contact récemment avec moi. Père de famille (et grand-père), deux de ses trois enfants se sont installés à l’étranger pour y trouver des perspectives d’avenir plus enthousiasmantes. Le premier a émigré aux USA. Le second en Thaïlande. Ces deux-là sont bac +4 et bac +5. J’ai commenté en ces termes la fuite des cerveaux et des compétences qu’illustre à merveille la situation familiale de mon pote : «La France exporte ses bac +5 et importe des bac -5. Quand on accueille le tiers-monde, on devient le tiers-monde !».
Nombreux argueront que la France accueille aussi des étrangers diplômés, des médecins par exemple. Certes, mais leur proportion est sans commune mesure avec les vagues migratoires massives de non-diplômés sur les plages d’Italie et d’Espagne.
Je ne tiens évidemment pas responsables les migrants et leurs descendants du déclassement de la France. Les principaux coupables sont les Français eux-mêmes qui ont accepté et pour certains encouragé ce raz-de-marée. La France «bourgeoise», «normie» comme on dit aujourd’hui, porte la responsabilité pleine et entière de sa capitulation, de sa défaite et, plus préoccupant encore, de son grand effacement terminal. Pourtant, elle en a été alertée dès les années 70 par un dénommé Jean-Marie Le Pen. Aujourd’hui, on constate que les analyses du «Menhir» étaient empreintes de bon sens et, finalement, d’une certaine «modération» quand on entend des personnes de nationalité française commenter les sujets qui empoisonnent l’actualité, notamment le conflit en Palestine. Si Le Pen voulait stopper les flux migratoires et débrancher «la pompe aspirante des aides sociales», d’autres parlent à présent d’éradication totale de populations indésirables, de «solution finale» (dans la Bande de Gaza par exemple). On a passé un cap dans l’ignominie.
Ces dérives me ravissent. Quantité «d’intellectuels», de militants associatifs et d’hommes politiques de Gauche, ont encouragé pendant des décennies les flux migratoires de populations musulmanes vers l’Europe. Les mêmes craignent aujourd’hui que ces musulmans importés par millions ne mettent en danger la communauté juive. On pense notamment à Monsieur Julien Dray, co-fondateur de SOS-Racisme, qui s'opposa ardemment à Jean-Marie Le Pen dans la rue, sur les plateaux télé et devant les tribunaux, qui reprend aujourd’hui à son compte, sans vergogne, les analyses du tribun de la Trinité-sur-Mer (port breton dont été originaire Le Pen). Les exemples de cet acabit sont légion !
Chaque jour, je me délecte de ses retournements de veste de gens qui se sont trompés sur toute la ligne pendant des décennies et qui découvrent sur le tard qu’ils ont œuvré à leur propre élimination. J’ai compris il y a longtemps que mon monde, celui que j’affectionnais, était en phase terminale. Je n’ai jamais cru aux promesses de «la France multi-culturelle et multi-raciale» que nous vantait Jack Lang du temps de sa splendeur au ministère de la Culture, sous François Mitterrand. Tout ce qui arrive est conforme aux funestes perpectives que m’inspiraient dès le début des années 70 les orientations prises. Ce n’est pas une surprise. C’est une confirmation.
Vous l’aurez compris, je savoure le couronnement quotidien de mes intuitions et analyses. Tout se passe comme prévu. J’ai l’immodestie d’affirmer ici que je me suis trompé sur rien d’essentiel. Mes projections, que d’aucuns jugeaient exagérément anxiogènes et pessimistes, se révèlent en deçà de la réalité. Elles sont parfaitement conformes aux grandes orientations contemporaines : Le bateau France prend l’eau de toutes parts. J’assiste avec délectation à son naufrage.
Je souhaite néanmoins bien du courage aux générations à venir. Démerdez-vous avec le paquet de merdes que vos parents et grands-parents laissent derrière eux.
Des millions de braves Français sont morts et ont souffert pendant des siècles pour bâtir ce pays de cocagne qu’on appelait France. Ils ont fait la révolution, résisté aux invasions étrangères, ils sont tombés comme des mouches dans les tranchées de Verdun et de la Somme, ont résisté autant que possible à l’occupation allemande, ont collaboré aussi parce qu’ils y étaient contraints (perdre une guerre n’est pas sans conséquences), puis ils ont relevé le pays, en ont fait une grande puissance industrielle, pour mieux le saborder et n’en laisser qu’un radeau qui ne vous sauvera pas.
J’assiste à votre noyade individuelle et collective l’esprit apaisé, n’ayant plus grand-chose à perdre à l’âge qui est le mien. J’ai bien profité de cette France magnifique que j’ai aimée profondément. Merci aux Anciens !
Je vous confie cette «Nouvelle France» qui n’est pas la mienne. Votre avenir s’annonce nettement moins enthousiasmant que le mien.
Bon courage à Toutes et Tous !
Yves BARRAUD
D’où parles-tu ?
Mes origines et mon parcours m’attribuent, me semble-t-il, une certaine légitimité analytique (lire l’article ci-dessus). Je tiens aussi à ajouter que je suis un neveu de Marcel Boiteux, un des pères, si ce n’est «LE PÈRE» du programme électronucléaire français.
Ce grand commis de l’État, normalien et Agrégé de mathématiques, a dirigé EDF pendant 20 ans (de 1967 à 1987), en qualité de Directeur général et de Président Directeur général.
Dès mon plus jeune âge, j’ai compris que quelques visionnaires pouvaient sublimer l’avenir d’un pays. Marcel Boiteux y contribua. À ma connaissance, cet homme n’a pas amassé de fortune considérable malgré sa position de patron de la plus grande entreprise française, premier producteur mondial d’électricité (à l’époque).
Son train de vie était très raisonnable au regard des millions qu’amassent quantité de margoulins en brassant du vent ou en tapant dans un ballon.
La France ne peut se relever qu’à la condition que de nouveaux «Marcel Boiteux» reprennent le flambeau. Nous ne marchons assurément pas dans cette direction. Bien au contraire. Cette absence de relève conforte, si nécessaire, mes positions très tranchées sur le déclin irréversible de notre pays.
Accédez à la biographie de Marcel Boiteux sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Boiteux
Marcel Boiteux est décédé en 2023, à l’âge de 101 ans. Paix à son âme avec tout le respect et l’admiration que je lui dois. Il avait épousé ma tante Juliette Barraud, décédée centenaire elle aussi.
Je ne résiste pas à lister toutes les fonctions qu’il occupa et toutes les distinctions dont on le gratifia. Je n’invente rien !
DÉCORATIONS
• Grand-croix de la Légion d'honneur, 13 juillet 2014
• Grand-croix de l'ordre national du Mérite
• Croix de guerre 1939-1945
• Commandeur de l'ordre des Palmes académiques
• Médaille des évadés
• Croix de commandeur de l'ordre du Mérite (Allemagne de l’Ouest - RFA)
RECHERCHE ET ENSEIGNEMENT
• Assistant de Maurice Allais à l'École nationale supérieure des mines de Paris (1946-1949)
• Assistant à l'ENSAE (1946-1949)
• Professeur au Collège des sciences économiques et sociales (1949-1967)
• Professeur au Centre d'études de programmes économiques (1955-1967) dépendant de la Caisse des Dépôts et Consignations
• Professeur à l'École Nationale d'Administration (1962-1967)
• Professeur d’Économie à l'École supérieure d'électricité (1957-1962), puis à l'École nationale des ponts et chaussées (1963-1967)
• Président de la Econometric Society (1959)
• Président de la Société française de recherche opérationnelle (1960-1964)
• Président de l'Association française d'informatique et de recherche opérationnelle (1965)
• Président de la Fédération internationale des sociétés de recherche opérationnelle (IFORS - 1965-1966)
CONSEILS, COMITÉS ET INSTITUTS
• Membre ou président de commission au Commissariat général du Plan
• Membre du Conseil économique et social • Membre (1965-1968) et Président (1966-1967) du Comité consultatif de la recherche scientifique et technique
• Membre du Comité de l'énergie atomique (1967-1987)
• Vice-président de l'Union internationale des producteurs et distributeurs d'énergie électrique (UNIPEDE - 1967-1987)
• Membre des Conseils d'Administration du Centre national d’études spatiales (1967-1972), de l'École normale supérieure (1972-1991), de l'Institut Pasteur (1973-1985), de l'École nationale d'administration (1980-1983)
• Président de l'association Le Siècle (1972-1974)
• Vice-président de l'Association des cadres dirigeants de l'industrie (ACADI - 1979)
• Membre du Conseil consultatif de la Banque de France (1980-1987), puis Membre honoraire
• Membre de la Commission trilatérale (1980-1996)
• Président du Centre Européen de l'Entreprise Publique (1982-1985), puis président d'honneur
• Vice-président du Comité national de l'organisation française (CNOF - 1983-1986)
• Président de l'Institut des hautes études scientifiques (IHES - 1985-1994)
• Président de l'Institut d'expertise et de prospective de l'École normale supérieure (IEPENS - 1985-2000)
• Président du Conseil mondial de l'énergie (1986-1989), puis président d'honneur
• Président de la Commission de réflexion économique pour la préparation de l'échéance 1992 (1987-1990)
• Président de la Fondation Électricité de France (1987-2001)
• Président de l'Institut Pasteur (1988-1994), puis président d'honneur
• Président de l’Instance d'évaluation de la politique des transports de la région parisienne (1995-1999)
• Membre d'honneur du conseil d'administration de l'Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais en physique et économie
• Président du groupe «Transports : choix des investissements et coût des nuisances», au Commissariat général du Plan (2000-2001)
• Élu à l'Académie des sciences morales et politiques le 14 décembre 1992 au fauteuil de Emile James. Il préside l'Académie en 2002
• Membre émérite de l’Académie des sciences commerciales
• Président, vice-président ou administrateur de divers organismes (Biosphère, Fondation Hôpitaux de Paris, Fondation du patrimoine…)
DISTINCTIONS ET PRIX
• Docteur honoris causa de l'Université Yale (1982)
• Prix Axel Axelson Johnson de l'Académie royale des sciences de Suède (1982)
• Prix Zerilli-Marimo de l'Académie des sciences morales et politiques (1991)